Convaincu des avantages d'une organisation monétaire de la Communauté, le Conseil européen prépara, en juillet 1978, le terrain pour la mise en place d'un système monétaire perfectionné. Suivant ses orientations, le Conseil arrêta, en décembre 1978, un règlement relatif au
Système monétaire européen (SME)
[Règlement 3181/78, abrogé par règlement 640/2006]. Alors qu'au niveau mondial, depuis 1971, les autorités monétaires d'un pays n'étaient plus obligées d'intervenir pour influencer le cours de leur monnaie, le mécanisme de change du SME introduisait, pour les monnaies qui y participaient, l'obligation de limiter les fluctuations entre elles à l'intérieur de certaines marges.
Dans sa phase initiale le SME était, en fait, un "serpent" amélioré, plus souple et plus solidaire. L'écart maximum toléré entre deux monnaies du système restait 2,25%, comme dans le serpent, (6% pour certaines monnaies faibles), mais les fluctuations de change d'une monnaie n'étaient plus calculées, comme dans le serpent, par rapport à chacune des autres monnaies du système, mais par rapport à l'unité monétaire européenne. L'écu (sigle en anglais, du
European Currency Unit
, qui évoquait, en français, l'ancienne pièce d'or utilisée pendant des siècles) reposait sur un assortiment ou "panier" de différentes monnaies nationales, dont la composition initiale avait été déterminée à partir de critères objectifs relatifs à l'importance économique de chaque État membre, notamment son produit national brut, son commerce intracommunautaire et sa part dans le mécanisme de soutien monétaire à court terme.
En dehors de ses fonctions générales comme unité de compte, notamment pour exprimer les montants du budget général des Communautés et les prix communs des produits agricoles, l'écu constituait l'élément central du système monétaire européen. Ainsi l'écu était utilisé en tant que: dénominateur commun dans la grille de taux de change des monnaies communautaires; base pour l'établissement de l'indicateur de divergence entre monnaies communautaires; dénominateur pour les opérations d'intervention; et moyen de règlement des soldes créditeurs ou débiteurs entre les banques centrales.
En général, le SME a confirmé l'importance du cadre de discipline collective qu'il a contribué à mettre en place. En obligeant les pays qui en étaient membres à respecter une discipline claire en matière de change, il a fourni un apport décisif dans la lutte contre l'inflation. Toutefois, au fil des années, le SME avait tourné à une véritable zone mark, au sein de laquelle la discipline était notamment garantie par la Banque centrale allemande, la fameuse Bundesbank. Cette discipline a donné des bons résultats jusqu'à la fin des années 80. Depuis 1990, cependant, deux phénomènes importants avaient commencé à saper la discipline au sein du SME: la libération complète des mouvements des capitaux au sein de la Communauté, qui a renforcé la capacité de spéculation des intermédiaires financiers; et le financement de la réunification, qui a entraîné le dérapage budgétaire de l'Allemagne. Or, aucun système de coopération monétaire ne peut fonctionner si l'État qui émet la monnaie de référence ne parvient plus à garantir sa stabilité. Comme la dérive de l'inflation aux États-Unis avait mis fin au système de Bretton Woods, la dérive des taux d'intérêt allemands avait entraîné l'éclatement du SME. La leçon enseignée par le SME était que l'organisation monétaire était utile, mais qu'elle avait besoin de meilleurs mécanismes. Les grandes lignes de ces derniers étaient exposées dans le traité de Maastricht [voir la section 2.2].